Du nouveau ... enfin presque ... en Val d'Oise (95)

Fig. 1 : Exuvie d’Oxygastra curtisii. Cliché : N. FLAMANT

Article rédigé par Nicolas Flamant, auteur de cette découverte

A la fin de l’année 2015, j’informatisais d’anciennes données odonatologiques sous CETTIA, dont certaines avaient été relevées en 2011 sur la vallée de l’Oise, dans le Val-d’Oise (95). Je rentrais alors la localisation et les effectifs des espèces observées à l’état d’imago et d’exuvie. La donnée d’Oxygastra curtisii (Cordulie à corps fin) à l’état d’exuvie (Fig. 1) constituait, semble t-il (BITSCH, com. pers.), la première preuve de reproduction certaine de l’espèce sur l’Oise.   

C’est à l’occasion d’expertises notamment entomologiques menées dans un cadre professionnel sur la commune de Champagne-sur-Oise que je prospectais un bras mort de l’Oise et une darse le 15 juin 2011. Les conditions météorologiques étaient favorables au recensement des libellules : ensoleillement important, températures assez chaudes et absence de vent. 

Fig. 2 : Collecte d’exuvies de Gomphus pulchellus sur des palplanches métalliques. Cliché : T. SEVELLEC

Alors que j’effectuais de multiples points d’observation en berge au bénéfice des trouées réalisées par les pêcheurs, je collectais notamment plusieurs exuvies de larves s’étant hissées à la base de troncs, sur la végétation herbacée et sur divers supports d’origine anthropique. L’examen à la loupe à main permis rapidement d’identifier de façon certaine les espèces. Figuraient Gomphus pulchellus, dont certaines exuvies étaient prélevées sur les palplanches métalliques (Fig. 2), Libellula fulva, Cordulia aenea et Oxygastra curtisii, pour laquelle une seule exuvie fut collectée. Les linéaires de berge n’ont pu, ce jour, faire l’objet que d’un échantillonnage ponctuel et non une collecte exhaustive. 

Les habitats larvaires du bras-mort de l’Oise paraissaient en effet très favorables à l’espèce avec l’existence de riches chevelus racinaires aquatiques d’aulnes et de saules et des pentes immergées assez abruptes jusqu’à environ 50 centimètres de profondeur. Les berges étaient globalement assez ombragées mais ponctuées de courtes trouées plus ensoleillées (places de pêche…). 
Même si cette donnée constitue la première preuve certaine que l’espèce effectue son cycle larvaire complet localement, l’espèce avait déjà été mentionnée sur l’Oise à l’état imaginal, notamment en amont (DAUMAL, com. pers.) ainsi qu’en aval (LOUVET, com. pers.). 

Fig. 3 : Bras de l’Oise à Beaumont-sur-Oise. Source : Géoportail

En parcourant les habitats aquatiques locaux, il apparait que de nombreux méandres et bras de l’Oise sont favorables à la ponte et l’accomplissement du cycle larvaire de l’espèce. A titre d’exemple, les deux rives du bras connecté à l’Oise (Fig. 3), situé plus en amont sur les communes de Beaumont-sur-Oise, Noisy-sur-Oise et Bruyères-sur-Oise présentent les caractéristiques morphologiques et hydrauliques suffisantes et nécessaires à l’espèce. 

De la même manière, le bras non navigué situé à l’aval du barrage d’Asnières-sur-Oise (Fig. 4) est également extrêmement favorable à l’espèce. Des analogies peuvent notamment être faites avec les principales populations de l’espèce, établies dans le sud de la Seine-et-Marne en vallée de la Seine. Dans un contexte très similaire, le suivi des populations d’Oxygastra curtisii au niveau d’un bras non navigué de Seine en aval d’un barrage (Fig. 5) a révélé la présence d’environ 1,7 à 1,8 exuvie au mètre linéaire en 2014 et 2015 (N = 1229 exuvies) (FLAMANT & SIBLET, com. pers.).

Fig. 4 : Situation en aval du barrage d’Asnières-sur-Oise (95) Source : Géoportail   Fig. 5 : Situation en aval d’un barrage en vallée de Seine (77) Source : Géoportail

Des prospections en kayak, ciblées autour du pic d’émergence de l’espèce, permettraient d’affiner les connaissances locales sur l’espèce. Un minimum de 2 passages, dont 1 en 2ème décade de juin et 1 autre en 1ère décade de juillet, garantirait d’estimer la taille des populations locales. 
Alors, à vos kayaks en juin et juillet 2016 pour Oxygastra curtisii mais aussi Boyeria irene, Aeshna grandis… 
 

Remerciements
J’adresse mes remerciements à Thomas BITSCH, qui assure une veille odonatologique francilienne remarquable, à mes collègues et amis naturalistes, Thibaud DAUMAL et Cédric LOUVET, qui m’ont renseigné sur la répartition et les connaissances actuelles de l’espèce en vallée de la l’Oise et enfin à Sébastien SIBLET et Tristan SEVELLEC, pour leurs clichés et leur aide.  

 

Département:

groupe faunistique ou floristique:

Commentaires

Bravo pour cette découverte. La station se trouve à 3 km de chez moi !!! sûr que je vais y aller dans le mois à venir ! 

Pierre